Wannes Cappelle se réjouit d’être à ManiFiesta parce qu’« après, ce sera l’hiver »

Wannes Cappelle, du groupe Het Zesde Metaal, très connu en Flandre, sera à ManiFiesta. Nous l’avons rencontré en août lors des pluvieuses Lokerse Feesten pour parler de musique, d’inspiration, d’engagement social et de ManiFiesta.

À Lokeren, juste après votre morceau Naar de wuppe (qui veut dire : ça part à vau-l’eau), il a arrêté de pleuvoir. Vous y voyez un signe ?
Wannes Cappelle. Non, pas du tout, je ne suis pas superstitieux, c’est juste un hasard. Mais c’est vari que, cette année, à chaque fois, nous avons joué sous la pluie alors que l’an passé, c’était plein soleil tout le temps.

Le morceau Ploegsteert évoque le champion du cyclisme Vandenbroucke et Dieu qui a soulagé ses souffrances. Aussi un hasard ?
Wannes Cappelle. Ça, non. J’ai étudié la théologie et j’ai énormément lu sur ce sujet. J’ai été élevé dans la religion catholique et j’ai même été enfant de chœur. J’ai longtemps été croyant et, au moment où l’on cesse de croire, c’est un peu comme un enfant à qui l’on explique que Saint-Nicolas n’existe pas : on se sent un peu trompé et on s’interroge sur son passé. C’est aussi une déception, car un monde avec Saint-Nicolas, c’est à première vue mieux qu’un monde sans Saint-Nicolas.

Selon les auditeurs de Radio 1, votre chanson Ploegsteert est le meilleur morceau belge de tous les temps. Comment expliquez-vous cela ?
Wannes Cappelle. Cela a à voir avec différentes choses. D’un côté, on remarque qu’au fil des années, le morceau est accueilli de manière de plus en plus enthousiaste et que les gens le chantent bien plus souvent en chœur. C’est la même chose pour le coureur cycliste Frank Vandenbroucke dont parle la chanson : depuis sa mort, plus le temps passe, plus il devient mythique. Cela, lié au fait qu’on a beaucoup parlé de nous en 2016 lors de notre nouveau disque Calais, a fait en sorte que Ploegsteert est arrivé à la première place. Ce n’est pas si important en soi, mais c’est bien sûr agréable.

Le morceau Calais est fortement lié à l’actualité. Cela intéressait Het Zesde Metaal ?
Wannes Cappelle. Nous ne pouvions pas nous taire sur la situation à Calais. Dans ce cas-là, pour nous, se taire, c’était mentir, et nous n’aurions plus été fidèles à nous-mêmes. Il y a évidemment beaucoup de thèmes politiques sur lesquels il y a des choses à dire, mais sur lesquels nous n’arrivons pas à faire une bonne chanson. Avec Calais, je pense que nous y sommes arrivés. Je défends l’engagement politique, mais la musique n’est pas qu’une prise de position politique, c’est plus que ça et nous devons donc pouvoir en faire une bonne chanson.

Vous avez composé la chanson Calais, mais vous avez aussi donné ce nom à l’album. Pourquoi ?
Wannes Cappelle. Calais est pour nous le symbole des temps difficiles que nous vivons. J’ai grandi dans les années 1990, dans la sécurité. Certes, il y avait aussi du chaos à l’époque, mais aujourd’hui il est bien plus proche. Calais est un lieu d’extrême espoir et d’extrême désespoir. C’est pareil pour notre époque, il y a beaucoup de choses qui donnent de l’espoir, de gens qui s’engagent, d’inventions qui peuvent sauver le monde, etc. Mais il y a par ailleurs aussi beaucoup de raisons d’être très pessimiste.

Cette dualité entre le positif et le tragique revient dans plusieurs morceaux.
Wannes Cappelle. Cela m’est difficile de choisir un seul côté. Pour les opinions aussi, je n’ai pas tendance à avoir une position extrême. C’est peut-être mon côté théologien qui fait que je veux trop examiner les deux côtés.

Trop ?
Wannes Cappelle. En tout cas trop pour pouvoir être extrémiste. D’un autre côté, notre société a besoin de gens qui veulent être sur les barricades, ce que j’admire d’ailleurs, mais je ne pourrais pas facilement en faire partie.

La musique de Het Zesde Metaal a parfois été qualifiée de « pop dialecte ». Qu’en pensez-vous ?
Wannes Cappelle. La « pop dialecte » n’est pas un genre. C’est comme parler de « rock italien ». Le rock est le rock, comme le reggae, et cela peut aussi être chanté en dialecte. Et c’est très chouette que l’on puisse faire ça, chanter sans faire semblant. Cela n’enlève rien aux groupes qui chantent en anglais. Par exemple, quand Admiral Freebee chante Get Out Of Town qui parle de la commune de Brasschaat, ça marche parfaitement. J’ai d’ailleurs essayé l’anglais, mais le résultat était catastrophique.

Lors de sessions de Radio 1, Het Zesde Metaal a joué une version très corsée de Boze Wolven de Gorki avec une touche de Where is my mind des Pixies. Quelles sont vos influences musicales les plus importantes ?
Wannes Cappelle. Les Pixies sont une source d’inspiration pour chacun dans le groupe. En mélangeant Boze Wolven de Gorki avec les Pixies, cela marchait mieux pour nous. Et c’était un moyen d’adoucir quelque peu la perte de Luc De Vos (le chanteur décédé de Gorki, NdlR).
Nous sommes aussi tous fans de Radiohead, et Wilco reste pour moi une inspiration depuis des années. Bright Eyes, le groupe de Conor Oberts, est aussi pour moi un partner in crime. Oberts écrit des textes d’une qualité incroyable avec de très belles métaphores. Quand je ne sais pas trop où j’en suis, je réécoute un CD de Bright Eyes, ou j’essaie de traduire une chanson pour m’occuper et, en faisant ça, il y a souvent une chanson à moi qui prend forme.
Pour le reste, j’ai malheureusement trop peu de temps pour aller voir ou écouter beaucoup de nouvelles choses. Le théâtre peut aussi parfois m’inspirer.

En Flandre, on vous connaît par le groupe Het Zesde Metaal, mais aussi par le théâtre et la fantastique série télé Bevergem. Avez-vous d’autres projets dans un futur proche ?
Wannes Cappelle. Je passe la plus grande partie de mon temps à écrire un scénario. Avec ma femme, j’ai aussi écrit un livre sur l’Islande. Donc, quand je ne suis pas occupé avec Het Zesde Metaal, je suis en général en train d’écrire.

Qu’aimeriez-vous voir à ManiFiesta si vous en avez l’occasion ?
Wannes Cappelle. Si Jeanne Devos est au programme, je ne veux pas la manquer, parce que j’ai déjà joué dans un concert de collecte de fonds pour son travail. Je voudrais aussi voir le Antwerp Gypsy Ska Orkestra et Vive la Fête, et aussi des groupes et musiciens que je n’ai jamais vus comme Idir et Captain Ska.

Avez-vous un message pour le public de ManiFiesta ?
Wannes Cappelle. Eh bien, ManiFiesta est notre dernier festival de la saison. Je me réjouis d’y être. Le dernier concert est en général le meilleur de l’été. Nous allons en profiter à fond, parce qu’après, ce sera l’hiver. Et j’espère que le public fera de même.

 

HET ZESDE METAAL : SAMEDI / MAIN STAGE - OUTDOOR / 19.15

(Photo : Belga)

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