On repart de ManiFiesta avec plus d’énergie qu’en arrivant

Benjamin Nachtegaal


En septembre, ce sera la dixième édition de ManiFiesta, la Fête de la Solidarité. Le festival, organisé par Solidaire et Médecine pour le Peuple, est né en 2010, en pleine crise politique sur fond de montée du nationalisme. Près de dix ans plus tard, ManiFiesta s’annonce toujours comme un moment de solidarité et de combat contre l'extrême droite et la division. Rencontre avec le directeur de ManiFiesta, Mario Franssen.

« Nous n’organisons pas ManiFiesta à la côte belge par hasard. Tout habitant de la Belgique y est chez lui, tout le monde y est déjà venu pendant les vacances, et on y dépasse les barrières linguistiques et les différences culturelles… Suite aux élections, on a pu voir que l'idée de scinder la Belgique pour attaquer les droits acquis par les travailleurs est loin d'être morte. Derrière cet appel à la division du pays se cache une volonté bien plus profonde : celle de démanteler la sécurité sociale, une compétence fédérale.
La N-VA tente d'opérer un hold-up sur le résultat des élections. Or qu'observe-t-on ? Que ce sont les partis qui ont fait campagne sur les thèmes socio-économiques qui ont gagné les élections. L'extrême droite instrumentalise ce thème pour gagner les gens à leur discours raciste et de division. Dans la réalité, on constate pourtant qu'à la Chambre, elle vote toujours en faveur du grand capital. »  


ManiFiesta veut souligner que, partout, les problèmes des travailleurs et travailleuses, des gens ordinaires, sont les mêmes. La programmation de ManiFiesta est d’ailleurs très diverse. Un signal contre l'extrême droite ?

Mario Franssen. ManiFiesta est unique en Belgique. Nous ne sommes pas un festival de musique normal, ni un meeting politique ou un événement culturel, nous sommes tout cela à la fois. On le voit dans la programmation, mais aussi dans la manière dont nous amenons des gens de toute la Belgique à la côte. Question musique, il y en a pour tous les goûts, d'Adamo à HK & Les Saltimbanks, en passant par le rappeur anglo-irakien Lowkey, les beats hispaniques d'Amparanoia et Goran Bregovic, le maître du folk balkanique. Notre programme respire la même diversité que notre société. Il y aura des débats sur le féminisme, l'avenir de l'UE, les luttes en Amérique latine et la lutte sociale dans notre pays. Nous installons une place des syndicats, une place de la santé, un village international et, pour la première fois, une plaza feminista. La diversité est dans l'ADN de ManiFiesta, nous invitons des intervenants des quatre coins du monde, des ouvriers, des artistes, des intellectuels…


Quels sont les intervenants ou les concerts que vous avez le plus envie d'aller écouter ?

Mario Franssen. Le choix est très difficile, nous avons 160 événements sur deux jours qui, tous, valent vraiment la peine. Je serai surtout très occupé, mais si jamais j'arrive à me libérer un moment, j'irai aux débats avec Juliana Lumumba et Dilma Rousseff. J'aime aussi la musique engagée de HK et de Lowkey. Chaque événement est important, prenez par exemple Amparanoia, qui clôturera le festival samedi soir. C'est une artiste qui est aussi une militante féministe, et donc nous lui avons demandé de participer à un débat – tout comme Lowkey.  Ce décloisonnement entre culture, contenu et politique est l'essence de Manifiesta.


Le nom le dit : manif, et fiesta.

Mario Franssen. Tout à fait, on vient à ManiFiesta pour les deux aspects. ManiFiesta est basé sur l'engagement de très nombreux bénévoles et il y a une atmosphère que l'on ne trouve nulle part ailleurs. On peut croiser, par exemple, des gens qu'on a rencontrés lors d’une manifestation. C'est pourquoi ManiFiesta a aussi un caractère très familial, chaleureux, intime. C'est un rassemblement de tous ceux qui soutiennent la lutte sociale.
Le timing entre aussi dans ce cadre. La Fête a lieu juste avant la rentrée politique. ManiFiesta veut également jouer un rôle à ce niveau-là, et montrer aux gens qu'ils ne sont pas seuls. La lutte sociale peut parfois être solitaire et le résultat se fait souvent attendre. C'est pourquoi nous invitons tant des représentants de mouvements de lutte qui ont remporté des victoires, comme Adriana Alvarez, une syndicaliste américaine qui a lutté avec succès au McDonald’s où elle travaille pour arracher des augmentations de salaire et qui est co-responsable de la campagne pour un salaire minimum de 15 dollars, que des personnes impliquées dans la lutte d'aujourd'hui. Avec ManiFiesta, nous voulons donner un coup de boost à la lutte sociale et faire en sorte que les gens repartent avec plus d'énergie qu'à leur arrivée.

ManiFiesta est le coup d'envoi d'un automne chaud ?

Mario Franssen. Effectivement, nous donnons le coup d'envoi d'une année sociale chaude, parce que nous constatons que les gens sont en colère et veulent agir. ManiFiesta crée pendant deux jours l'occasion de montrer nos principes dans la pratique, de débattre et d’expérimenter le monde tel qu’on voudrait qu’il soit.
Maintenant, évidemment, ManiFiesta est aussi une fête. Les gens ont besoin de contact social. L'expérience nous montre que tous ceux qui viennent à ManiFiesta en repartent toujours très contents.
ManiFiesta est l’occasion de jeter un regard sur l’année écoulée, les luttes et les actions menées, ainsi que de profiter d’un week-end de détente bien mérité. Le gouvernement à venir continuera sans doute la politique actuelle. Une opposition forte sera certainement nécessaire au Parlement, mais à ManiFiesta, on montre que le changement ne viendra pas que de là. La lutte sociale est la base du vrai changement. Les jeunes qui ont manifesté pour le climat l’ont bien montré.

L'engagement de tous les bénévoles est aussi la raison pour laquelle un ticket week-end ne coûte que 25 euros ?

Mario Franssen. Dès le début, nous voulions que ManiFiesta soit accessible à tous. Un ticket d'une journée coûte 13 euros, pour deux jours, c'est 25 euros. Nous organisons le transport en bus, gratuit avec un ticket, depuis la plupart des grandes villes de tout le pays. Nous encourageons tout le monde à venir en bus à ManiFiesta ou à prendre les transports publics. La nourriture est également à un prix très démocratique pour n'exclure personne. ManiFiesta est la fête des gens, basée sur des bénévoles, conçue à la mesure des gens. Il y a d'ailleurs aussi un accès direct à la plage depuis le terrain du festival, ce qui est aussi important.

On peut aussi loger tout près de ManiFiesta ?

Mario Franssen. Oui, les gens peuvent d’ailleurs réserver un logement à prix très démocratique sur notre site. Au camping, C'est seulement six euros la nuit. Mais il y a aussi une auberge de jeunesse. Si on veut en faire un séjour du vendredi au lundi, pas de souci, on peut dormir à 500 mètres du terrain.