ManiFiesta : là où fête, politique et culture vont de pair

Le week-end des 16 et 17 septembre, le plus grand festival de solidarité du pays se tiendra à nouveau à Bredene, à la côte. Cette année, ManiFiesta présentera encore une fois un programme alléchant, sur un terrain entièrement réaménagé pour mieux accueillir encore plus de gens.

 

Rik Vermeersch, ette année, vous passez le flambeau de la direction de ManiFiesta.

Rik Vermeersch. En effet. L’année passée, ManiFiesta a fait un grand pas en avant, en passant d’un jour de festival à deux jours complets. C’était un bon moment pour passer le relais. Avec Mario Franssen, on a trouvé quelqu’un qui a acquis des compétences d’organisateur – il est au départ ingénieur en construction – et qui est actif depuis plus de dix ans dans le mouvement pour la paix.

 

Mario Franssen, de la construction à ManiFiesta en passant par le mouvement pour la paix, pouvez-vous en dire plus ?

Mario Franssen. Cela peut sembler étonnant, mais, pour moi, c’est une évolution logique. Travailler avec des gens, organiser, construire quelque chose, c’est quelque chose qui m’attire depuis que j’ai commencé les mouvements de jeunesse, puis comme bénévole chez Oxfam magasins du monde.

 

Comment se sont passés les premiers jours dans cette fonction ?

Mario Franssen. Très bien, je dois dire. Rik n’est évidemment pas encore complètement parti. Il prend le temps de me transmettre son expérience, et je peux compter sur celle du reste de l’équipe de ManiFiesta, évidemment.

 

Tout le monde attend évidemment de connaître les grands noms de ManiFiesta 2017. Alors ?

Rik Vermeersch. Au plan musical, notre tête d’affiche est Hooverphonic. Ce groupe est très populaire dans toute la Belgique et Alex Callier, musicien du groupe, a une position clairement antinationaliste. BJ Scott, la chanteuse belgo-américaine jurée de The Voice, sera présente avec Laura, la gagnante de The Voice Flandre. Et puis, il y aura Idir, en quelque sorte le « père » et l’ambassadeur de la musique berbère d’Algérie. C’est la première fois que nous programmons ce genre de musique. On retrouvera le rappeur français Médine, qui est déjà venu il y a deux ans, et Pura Vida, un groupe belge roots reggae.

Mario Franssen.  Cette année, le Podium Jeunes sera vraiment la scène des jeunes talents. C’est Comac, le mouvement des étudiants du PTB, qui y fait la programmation. Gardez un œil sur notre programme pour découvrir les prochaines confirmations.

 

Les années précédentes, le programme culturel était également passionnant...

Rik Vermeersch. Cela reste le cas. Côté néerlandophone, les écrivains Jeroen Olyslaegers, Tom Lanoye et Els Snick participeront à un événement littéraire autour de l’écrivain juif Joseph Roth, qui a fui le nazisme et a trouvé refuge à Ostende. Côté francophone, nous accueillerons Caroline Lamarche, une célèbre écrivaine belge publiée en France.

Mario Franssen. L’auteur de BD français Jacques Tardi sera également présent à Bredene avec un spectacle-concert tirée de sa dernière BD sur la Première Guerre mondiale.

Rik Vermeersch. Parmi les auteures engagées, il y aura aussi Mary Gabriel, qui a écrit l’ouvrage Love and Capital, sur la vie de Karl et Jenny Marx ; et la Néerlandaise Anja Meulenbelt avec son nouveau livre, Feminisme en Socialisme. Un exposition présentera par ailleurs les plus importants peintres progressistes de la Belgique du 20e siècle : Somville, Dubrunfaut et Deltour. Et il y aura aussi le comédien de stand-up Freddy Tougaux.

 

Et en ce qui concerne les débats ?

Mario Franssen. Nous organisons de toute manière une série de débats autour des conséquences de l’élection de Donald Trump. Gail Walker, une activiste américaine spécialiste des relations États-Unis-Cuba, viendra dans le cadre de Che Presente. Alain Gresh et Maurice Lemoine, tous deux anciens rédacteurs en chef du Monde Diplomatique, ont confirmé leur présence.

Par ailleurs, cela fait cinquante ans que la Palestine est occupée, et ce sera donc certainement un des thèmes abordés, tout comme des thèmes plus liés à la Belgique, comme les luttes syndicales, le racisme et les discriminations, l’écologie, l’alimentation…

 

Y a-t-il de grands changements pour cette 8e édition ?

Mario Franssen. Le concept de ManiFiesta ne change pas. Nous restons une fête populaire où nous montrons que fête, politique et culture vont de pair, et que par-delà les frontières – linguistique ou autre –, on peut vivre ensemble dans une atmosphère positive. 

Suite au grand succès de l’an dernier, nous avons constaté que le terrain avait atteint ses limites pour certains points. Il faut également plus d’espace, parce que nous voulons plus d’activités sportives, que les jeunes de RedFox sont ambitieux et que les Pionniers veulent un plus grand terrain... Il y aura donc des changements dans l’aménagement du terrain.

 

Le prix du festival, 16 euros pour deux jours, reste très démocratique.

Mario Franssen. Notre objectif reste de faire en sorte que tout le monde puisse venir au festival. 16 euros est un prix vraiment modique. Mais nous ajoutons désormais une nouveauté : nous lançons un ticket de soutien à 25 euros, pour que ceux qui le souhaitent contribuent au fait que nous puissions maintenir le prix à un niveau abordable pour tout le monde. Nous voulons aussi demander à chacun d’acheter son ticket en ligne via notre site, où l’on peut d’ailleurs aussi acheter ses tickets de boisson et même réserver son logement. C’est aussi grâce à l’engagement de très nombreux bénévoles que le prix peut rester démocratique.

Mario Franssen. L’an dernier, quelque 1 100 bénévoles ont aidé dans tous les aspects du festival. Cela va de gens qui offrent quelques heures de leur temps à des personnes qui prennent totalement en charge la responsabilité d’un aspect de la fête. Nous avons besoin de très nombreux bénévoles, et nous voulons miser sur leurs points forts. Donc, s’il y a des lecteurs de Solidaire qui aimeraient consacrer un peu de leur temps, ils peuvent se signaler via notre site internet.

 

ManiFiesta marque aussi toujours le début de l’année politique.

Mario Franssen. En effet. Depuis quelques années, ManiFiesta, en tant festival politico-culturel, est devenu une sorte de catalyseur au moment de la rentrée de septembre, c’est le lieu de rassemblement de toutes les formes du mouvement de résistance et de lutte contre l’austérité. Le moment central, dimanche, en est le point culminant, avec le discours du président du PTB Peter Mertens, mais aussi avec la prise de parole des représentants des syndicats, de nos invités internationaux, etc.

 

Y a-t-il des points du programme que vous-mêmes vous ne voudriez pas manquer cette année ?

Rik Vermeersch. Pour la première fois, j’aurai la possibilité d’assister à quelque chose ! (Rires) Je voudrais avant tout aller écouter Idir et Mary Gabriel.

Mario Franssen. Je crois que je serai tout le temps en coulisses. Mais j’essaierai quand même d’aller voir Tardi.

Rik Vermeersch. N’y compte pas trop, Mario. Tu ne vas rien voir du tout ! (Rires.)