Le pouvoir mobilisateur de la culture

40 ans après Rock Against Racism, Comac, l’organisation des étudiants du PTB, se rend à ManiFiesta sous le slogan « Stand up to Racism ». Nous nous sommes entretenus avec Mario Franssen, directeur de ManiFiesta, et Najib Chaquiri, mieux connu sous son nom de rappeur, Code Rouge, à propos du rôle de la culture dans notre société.

Christophe Devriendt

Quelle est l’importance de la culture, pour un mouvement social ?
Mario Franssen. Il y a 40 ans, Rock Against Racism a montré que la culture jouait un rôle important dans les mouvements sociaux et qu’elle pouvait même en constituer la base. Avec Rock Against Racism, il est devenu « cool » de se profiler comme antiraciste dans la Grande-Bretagne des années 1970, où le National Front gagnait en importance.      

Dans l’histoire, nous voyons que tous les mouvements sociaux ont produit leurs propres artistes, slogans, etc., en d’autres termes, leur propre culture. « Le temps des cerises » appartenait à la Commune de Paris, la « Star Spangled Banner » version Jimi Hendrix s’inscrivait dans les protestations contre la guerre du Vietnam et tout le monde connaît « On lâche rien » de la lutte contre la réforme des pensions en France.

Et « Prends tes valises et casse-toi » de Code Rouge a mis tout un mouvement en route contre la politique du secrétaire d’État Theo Francken...
Code Rouge. Moi-même, j’en suis effrayé. Fin décembre, je postais le clip du morceau en même temps qu’un appel à s’organiser. J’ai reçu beaucoup de réactions et, en quelques semaines, nous sommes parvenus à réunir plusieurs organisations, tant humanitaires que politiques, et à mobiliser massivement. Le point culminant a été l’action de désobéissance civile contre la raffle prévue par la police au parc Maximilien, le soir du dimanche 21 janvier. C’est là que réside la force mobilisatrice de la musique. Parfois, les gens n’ont plus envie ou ils ne trouvent plus la motivation d’entreprendre des actions collectives. Le monde de la culture peut faire renaître cette énergie.

D’où viennent les positions que vous reprenez dans votre musique ?
Code Rouge. Moi-même, dans mes jeunes années, j’écoutais beaucoup du hip-hop avec des textes engagés, comme IAM. Pour nous, c’étaient en fait des journalistes littéraires, qui parlaient de l’existence des gens. C’est ainsi que s’est développée ma conscientisation politique. Au contraire de la Belgique, la France avait toujours eu davantage une tradition du hip-hop engagé politiquement. Aujourd’hui encore, avec Kery James et Médine.

Les deux sont déjà venus à ManiFiesta. Ce n’est sans doute pas un hasard ?
Mario Franssen. ManiFiesta accueille des conférenciers, artistes, écrivains et des gens de théâtre qui racontent eux aussi la réalité des gens ordinaires. En Belgique aussi, une bataille des idées bat son plein, une lutte pour les cœurs et les esprits des gens. Le gouvernement de droite – avec De Wever, Francken et Jambon en tête – tente d’imposer sa vision. À cela, il est plus que nécessaire d’imposer un discours de solidarité, de lutte et de victoires du monde des travailleurs. Qui va gagner cette bataille des idées ? Personne ne le sait. Mais ManiFiesta choisit clairement son camp et veut contribuer au soutien de la culture de la résistance en proposant à un public le plus large possible le discours d’un mouvement de lutte progressiste, solidaire et diversifié.

Un défi ambitieux...
Mario Franssen. Oui mais, chaque année, ManiFiesta parvient à donner à tous ses visiteurs l’énergie nécessaire pour y aller à fond une année de plus. Cela grâce au programme très diversifié, très riche, mais aussi à la culture de ManiFiesta. De nombreux bénévoles collaborent à ManiFiesta. Chacun est nécessaire pour faire de la fête un succès. Les bénévoles constituent un reflet de ce à quoi ressemble la Belgique aujourd’hui, dans toute sa diversité. À ManiFiesta, nous montrons clairement que collaborer, discuter ensemble et faire la fête peut se faire par-delà les frontières de la langue, du genre et de la diversité. Nous mettons en pratique notre vision de l’avenir pendant deux jours à la côte belge. Parce que nous savons que Code Rouge essaie de faire pareil via sa musique, nous l’avons rencontré pour réfléchir ensemble à la façon dont nous pouvons intégrer au programme tout cela via le hip-hop.

Quelle importance a le collectif, pour des artistes ?
Code Rouge. Un artiste a souvent des tendances individualistes et c’est pourquoi il importe de créer une base commune. De cette façon, chacun peut contribuer selon ses propres capacités à un résultat collectif. En mettant sur pied une contre-culture, il devient également plus compliqué pour l’industrie de la musique d’accaparer les artistes indépendants. C’est ce que j’essaie de faire en tant qu’artiste, avec ma musique. C’est pourquoi j’aime réfléchir avec ManiFiesta et Comac sur la façon dont nous allons réaliser cela via « Stand up to Racism ».

Le 9 septembre aura lieu la neuvième édition de ManiFiesta. Pendant deux jours, Bredene sera l’endroit incontournable pour tous ceux qui ont le regard tourné vers un monde différent. Plus de 12 000 visiteurs sont attendus pour un programme de culture progressiste via des débats, une foire aux livres, des films, de la musique, du théâtre, des animations de rue et bien d’autres choses encore.

Stand up to racism

Comac lance cette année « Stand Up To Racism » dans différentes villes universitaires du pays. Des événements qui visent à développer une contre-culture populaire et engagée sur les campus en mettant à l’honneur des jeunes groupes locaux de rap, hip-hop, slam poetry... avec un message politique fort contre le racisme. Une thématique qui révolte particulièrement la jeunesse et un combat dont Comac veut faire une priorité. Code Rouge fera partie des artistes qui contribueront à mettre en place ce projet.