Idir, chanteur kabyle, vient à ManiFiesta nous parler identités. Au pluriel.

Arrivé en France en 1975, Idir, icône de la chanson kabyle, n’a rien oublié de son Algérie natale. Pour faire vivre sa culture d’origine et éviter qu’elle ne sombre dans l’oubli, il la chante depuis 40 ans avec une énergie toujours aussi vive. Il sera cette année à ManiFiesta, pour partager sur scène cette culture kabyle qu’il aime tant. 

Stéphanie Koplowicz

Si on dit de vous que vous êtes un ambassadeur de la culture kabyle, cela vous convient ? 

Idir : Oui, absolument. Je ne pense pas être un chanteur comme les autres.  Je me sens dépositaire d’une sorte de « charge », celle de continuer à faire vivre ma culture. Etre berbère, c’est savoir se débrouiller soi-même, apprendre à se faire connaître, à se faire voir. C’est ce que j’essaie de faire aussi avec ma musique – faire découvrir ma culture au plus grand nombre. 

Vous vivez en France, depuis plus de quarante ans. Quelles sont vos relations avec votre pays d’accueil ?

Idir : J’aime ce pays pour tout ce qu’il m’a apporté. Bien sûr, ça ne m’empêche pas d’avoir du discernement et d’avoir conscience du contentieux qui lie mes deux pays. Je me considère au croisement de deux cultures. D’ailleurs, je préfère toujours parler d’identités au pluriel. Selon moi, l’identité existe à un instant donné. Et puis, d’autres choses viennent et vous emmènent ailleurs. On adopte de nouvelles choses et on en abandonne d’autres…

Votre nouvel album, Ici et ailleurs, est une illustration de cette identité multiple…

Idir : Oui. Avec cet album, je me fais aussi une place dans la chanson française, qui est mon autre culture. C’est ma contribution au paysage artistique de mon pays d’accueil. C’était important pour moi d’attirer l’attention du public sur la chanson kabyle mais d’une manière différente, plus tournée vers la France.

Comment avez-vous choisi vos partenaires ?

Idir : J’ai fait ces choix avec ma maison de disque, en fonction de mes affinités artistiques, de leur parcours, de leurs idées et de leur talent, bien sûr. L’idée était de reprendre des chansons que j’aime et d’en proposer une version bilingue, français-kabyle, pour mélanger une culture majoritaire et une culture minoritaire et montrer la beauté de cette association.

Cet album est composé uniquement de duos. Allez-vous le présenter tel quel à ManiFiesta ?

Idir : Nous n’allons présenter que peu de chansons de cet album-ci, parce que les duos ne s’y prêtent pas bien. Nous proposerons un spectacle en deux parties : une première partie plus calme pour faire découvrir la langue et la musique kabyle et une deuxième partie plus festive pour magnifier ma culture d’origine et son sens de la fête. Mais sans jamais tomber dans le ‘folklorisme’ ! 

 

Idir sera à ManiFiesta le samedi 16 septembre à 17h30.
Son album Ici et ailleurs est sorti en mai 2017 et reprend des duos avec Francis Cabrel, Maxime Leforestier, Bernard Lavilliers et d’autres.


 

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