Asian Dub Foundation: musique explosive contre l’injustice

Cela fait des années qu’Asian Dub Foundation lutte contre l’injustice et l’oppression. Mais c’est en plus un pilier de la musique alternative britannique, qui est en tête d’affiche du dimanche 9 septembre à ManiFiesta. Nous avons discuté avec le chanteur/guitariste Steve Chandra Savale de musique… et de politique évidemment!

Eefje Goossen - Article publié dans le magazine SolidaireAbonnement .

« Nous avons combiné de la musique qui n’avait jamais été réunie et nos textes portent sur la réalité. Pour nous, la musique est la bande son qui fait bouger les choses, qui mobilise pour faire mieux. »

C’est Steve Chandra Savale qui parle. En 1993, il lance le groupe londonien Asian Dub Foundation. Un groupe qui a la multiculturalité inscrite dans son ADN, tant dans la musique que dans la composition du groupe.  « Il faut qu’il y ait quelque chose de radical, d’aventurier et de progressiste. La musique n’est pas au service d’une idéologie, n’est jamais un manifeste  ; c’est toujours elle qui a la première place.  »

Vous décririez-vous comme un activiste ?
Steve Chandra Savale. Non, ce n’est pas comme ça que je me vois. Une des raisons pour lesquelles j’essaie de traduire mes idées et mes sentiments dans un groupe, c’est qu’ainsi, je ne dois pas me taper des réunions ennuyeuses. Je suis convaincu que la musique est une meilleure manière de faire que des choses arrivent. Elle agit d’une manière inconsciente et émotionnelle. 

Donc, non, je ne suis pas un activiste. Je me considère comme un éducateur ; je viens de l’enseignement, comme beaucoup des membres du groupe, et nous aimons apprendre des nouvelles choses aux gens. Notre propre son en est le meilleur exemple. En 1995, il fallait déjà chercher loin pour trouver un album qui mélangeait du dub reggae avec du post folk expérimental, de la jungle et de la musique du sous-continent indien. Notre musique se veut à la fois dramatique et motivante ; nous transmettons donc les idées que nous avons d’une manière enthousiasmante et très directe.

Quand vous avez commencé, vous étiez parmi les quelques groupes qui mélangeaient différents styles de musique. Aujourd’hui, c’est plus fréquent dans la musique pop. Avez-vous été une influence ?
Steve Chandra Savale. Nous avons toujours fait ça d’instinct. Le bagage culturel des membres du groupe y a joué un rôle important. Comme enfants de la deuxième ou troisième génération de l’immigration, ils ont apporté la musique de leurs ancêtres. Nous avons mélangé ça à d’autres genres, comme le punk.

C’est dommage que beaucoup de gens s’enferment dans des catégories. Ils disent : « Je veux être un artiste de hip hop » ou « je vais faire un morceau de dub step ». Je pense que certains groupes sont effectivement influencés par nous. Prenez par exemple 47Soul, un groupe londonien d’immigrés palestiniens. Ils sont incroyablement bons et disent eux-mêmes être influencés par nous. Ça fait plaisir à entendre.

En 2003, vous avez écrit Fortress Europe, une chanson sur la politique européenne d’immigration. « Asylum is a right » (l’asile est un droit), dit la chanson. Ce texte est plus actuel que jamais.
Steve Chandra Savale. Ça me rend vraiment triste de voir que c’est aujourd’hui encore plus pertinent, et pas dépassé. Même si alors, les paroles n’étaient pas liées à ce moment spécifique. Nous n’écrivions pas sur un temps où un lieu déterminé, mais sur une sorte de science-fiction dans l’avenir. C’est pour ça que c’est grave que ça devienne maintenant la réalité.

Asian Dub Foundation joue le dimanche 9 septembre sur la Main Stage de ManiFiesta.